Le secteur protégé et adapté veut mieux faire connaître ses métiers et ses compétences

Blog-pour-emploi.com a publié un article sur le parcours d'insertion, programme lancé par ARESAT-LRCapture d'écran du site Blog-pour-emploi.com
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Le secteur protégé et adapté veut mieux faire connaître ses métiers et ses compétences

L'ARESAT-LR a lancé il y a un an un projet pilote d'insertion des travailleurs handicapés dans l'entreprise ordinaire. Pour développer ses actions auprès des grands comptes, des ETI et des PME, et promouvoir les métiers et les compétences des ESAT et entreprises adaptées du grand sud de la France, l'association organise le 14 avril 2016 le premier salon du travail protégé et adapté du Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées.

Trois ans, au minimum, c'est le temps qu'il faut à une personne handicapée travaillant en ESAT (Établissement et service d'aide par le travail) pour rejoindre une entreprise classique, avec ou sans passage par une entreprise adaptée (EA), grâce à des formations, des stages et des mises à disposition de personnel. Ainsi, dans la région Languedoc-Roussillon, Veolia Eau a embauché deux personnes en situation de handicap en janvier 2016, à des postes en charge de la numérisation de documents. Ce parcours d'insertion a débuté avant le lancement du projet expérimental initié par l'ARESAT-LR (Association des ESAT du Languedoc-Roussillon).

À Montpellier et son agglomération, environ 10% des travailleurs handicapés peuvent être concernés par l'insertion en milieu ordinaire

Une volonté d'intensifier les actions, de communication notamment, marque ce projet. « Il entre dans les objectifs de la dernière conférence nationale du handicap, qui prévoit de développer des actions qui permettent aux travailleurs handicapés d'accéder plus facilement à l'entreprise classique ; c'est une priorité nationale et politique », explique Michel Coudrey, président de l'association créée en avril 2013, qui regroupe 38 ESAT de la région, soit 3250 travailleurs handicapés et 700 salariés.
En 2015, ce projet concernait dix établissements de l'agglomération de Montpellier qui totalisent 827 travailleurs handicapés — on estime que 10% d'entre eux peuvent être concernés par une sortie du milieu protégé vers le milieu ordinaire. En 2016, le projet s'étend au département de l'Hérault, en 2017, il concernera la région Languedoc-Roussillon.

Un très faible taux de sortie malgré une volonté inscrite dans la loi depuis 1975

La loi de 1975 prévoyait déjà l'insertion en milieu ordinaire de personnes ayant un handicap mental ou psychique — « 60% des personnes orientées aujourd'hui en ESAT sont en situation de handicap psychique », précise Laure Brechet, conseillère en insertion professionnelle à l'ARESAT-LR — sauf que dans la réalité, cela se fait très difficilement. Le taux de sortie d'un ESAT oscille entre 0,5 et 1%. Celui des entreprises adaptées (EA) est de moins de 1%, un chiffre à nuancer comme l'explique l'UNEA (Union nationale des entreprises adaptées) : « Il ne prend pas en compte les CDD et est calculé sur la base des contrats à durée indéterminée transmis à l'EA ». Un oubli du salarié handicapé fausse les données.
Ces chiffres, très faibles, sont stables depuis une quinzaine d'années et s'expliquent notamment par le peu de communication des établissements, les stéréotypes fermement accrochés au handicap, la très faible qualification des personnes handicapées... « Il s'agit aussi de pouvoir proposer à l'entreprise des métiers et compétences qui correspondent à ses besoins », ajoute notre interlocuteur.

Les cravaches d'Hermès sont fabriquées par l'ESAT de Perpignan, les saumons bio de Fauchon sont élevés par celui de Guingamp

« La différence n'est pas un problème si la personne a les compétences, ces établissements doivent acquérir de la crédibilité au niveau des compétences qu'ils proposent aux entreprises classiques ; l'ARESAT, qui les centralise, permet d'avoir une offre globale sur un territoire plus important », pointe Thierry Bermond, responsable politique handicap pour le Crédit Agricole du Languedoc et rattaché à l'association HECA (Handicap Emploi Crédit Agricole) créée en 2006.
Sur ce secteur géographique, la banque a actuellement recours à la mise à disposition de quatre personnes handicapées, trois à quatre mois par an, « dans les périodes de pic d'activités annexes, pour un travail de numérisation que l'on retrouve à certaines périodes de l'année, qui pourrait être traité en CDD mais que nous choisissons de sous-traiter en établissement protégé », mais elle n'a pas encore de salarié handicapé issu d'un ESAT.
Une crédibilité à gagner chaque jour donc, aussi auprès des personnes en situation de handicap et de leurs proches, inquiets et démunis face à l'inconnu que représente le milieu protégé et adapté — un parcours très justement nommé « du combattant ». On le sait trop peu, environ mille métiers différents sont exercés en ESAT (établissement et service d'aide par le travail, anciennement CAT, centre d'aide par le travail). Parmi eux, des métiers de montage, d'assemblage, de tri administratif, de numérisation de documents, ou encore, ceux des espaces verts et de la restauration.
On le sait encore moins, les cravaches d'Hermès sont fabriquées au sein de l'ESAT de Perpignan. Loin de là, celui de Guingamp fait de l'élevage bio de saumons pour Fauchon. Celui de Toulouse sous-traite des activités d'Airbus. L'Envol, à Castelnau-le-Lez, ESAT dirigé par Michel Coudrey, est prestataire en blanchisserie industrielle pour Perrier (groupe Nestlé Waters), à Vergèze.

Des parcours d'insertion qui peuvent commencer avant l'entrée en ESAT

L'insertion passe aussi par le fait de faciliter l'entrée en ESAT et les démarches, lourdes, reliées à la situation de handicap en général. Michel Coudrey déplore « un manque de places dans les établissements et un manque d'information ».
Elle nécessite de mettre en place des parcours individualisés, ce qui est possible même en amont de l'entrée dans un établissement dès lors qu'on a une orientation ESAT. « Cela demande aussi des formations, au métier mais également au savoir-être, savoir-vivre, aux aptitudes de base (lecture, écriture...) pour monter en compétences », souligne-t-il. Et d'impliquer toujours davantage les entreprises partenaires, qui par ailleurs remplissent leur obligation légale par l'embauche directe ou la formation comme c'est le cas à la Caisse régionale du Crédit agricole du Languedoc pour d'autres types de profils de personnes handicapées.
La vigilance est de mise après l'embauche, et l'insertion plus ou moins évidente selon les métiers. « Les espaces verts et la restauration par exemple peuvent être plus stressants de par l'autonomie demandée, le rythme soutenu, les horaires variables », constate Laure Brechet. La question des compétences est centrale est l'autonomie n'est pas la moindre en effet, qui fait courir le risque d'échec. C'est pourquoi « un suivi de six mois est prévu et assuré par le service d'insertion de l'ESAT », conclut Michel Coudrey en donnant rendez-vous à toutes les personnes intéressées et concernées par le sujet, le 14 avril au Corum de Montpellier ou se tiendra le premier salon du travail protégé et adapté du grand sud de la France.

Sophie Girardeau

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Publié le 07 mars 2016 par LAGZOULI El Hachmiya.


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